L'Essentiel
- Obligation d'agir : Le Code des obligations suisse impose au conseil d'administration de prendre des mesures immédiates en cas d'insolvabilité, de perte de capital ou de surendettement.
- Protection contre les poursuites : Le sursis concordataire accorde jusqu'à quatre mois pour restructurer l'entreprise à l'abri des créanciers.
- Responsabilité personnelle : Un retard dans l'avis au juge engage le patrimoine privé des administrateurs et directeurs.
- Alternative à la liquidation : Un concordat approuvé par le tribunal permet de désendetter la société et d'éviter la faillite.
Obligations du conseil d'administration en cas de crise
Le conseil d'administration a l'obligation légale de surveiller la santé financière de l'entreprise. La loi prévoit des démarches strictes pour protéger les créanciers. Le Code des obligations suisse (CO) définit trois niveaux d'alerte :
- Menace d'insolvabilité (Art. 725 CO) : Si la société risque de ne plus pouvoir payer ses dettes à l'échéance, le conseil établit un plan de liquidités, prend des mesures d'assainissement et requiert un sursis concordataire si nécessaire.
- Perte de capital (Art. 725a CO) : Si les actifs moins les dettes ne couvrent plus la moitié du capital-actions et des réserves légales, le conseil prend des mesures de redressement. Il fait vérifier les comptes par un réviseur agréé, même si l'entreprise a opté pour l'opting-out (renonciation à la révision).
- Surendettement (Art. 725b CO) : Si les dettes dépassent les actifs, le conseil dresse un bilan intermédiaire aux valeurs d'exploitation et de liquidation. En cas de surendettement confirmé, il avise immédiatement le juge, sauf si des créanciers acceptent la postposition de leurs créances.
Faillite directe vs Sursis concordataire
Une entreprise suisse insolvable dispose de deux voies principales. La faillite directe mène à la liquidation. Le sursis concordataire cible le maintien de l'activité.
| Caractéristique | Faillite directe (Liquidation) | Sursis concordataire (Restructuration) |
|---|---|---|
| Objectif | Dissolution de la société et paiement des créanciers. | Maintien de l'activité et des emplois. |
| Contrôle | Transféré à l'Office des faillites ou à un liquidateur. | Maintenu par les dirigeants sous la surveillance d'un commissaire. |
| Poursuites | Suspendues. Toutes les dettes deviennent exigibles. | Suspension totale pour négocier un accord. |
| Issue | Radiation du registre du commerce. | Conclusion d'un concordat et survie de l'entreprise. |
| Publicité | Publication dans la FOSC. | Le sursis provisoire peut rester confidentiel sous conditions. |
Checklist de planification d'un sursis concordataire
L'entreprise doit prouver au juge qu'un assainissement est financièrement possible pour obtenir un sursis provisoire. Voici les éléments à réunir avant de déposer la requête au tribunal de l'insolvabilité :
- États financiers : Bilan et compte de résultat datant de moins de deux mois.
- Plan de trésorerie : Projection prouvant que l'entreprise dispose des liquidités pour financer son exploitation courante pendant le sursis (jusqu'à quatre mois).
- Plan d'assainissement : Liste des mesures prévues (réduction des coûts, vente d'actifs, nouveaux investisseurs).
- Bilan intermédiaire : Document aux valeurs d'exploitation et de liquidation indiquant le niveau exact de surendettement.
- Provision pour frais : Avance exigée par le tribunal (entre 2 000 CHF et 10 000 CHF selon le canton, à laquelle s'ajoutent les honoraires du commissaire et les frais d'avocat).
- Candidature du commissaire : Nom d'un expert indépendant proposé au juge.
Déroulement du dépôt de bilan et liquidation
Si la restructuration échoue, le conseil d'administration dépose le bilan en avisant le juge du surendettement. L'ouverture de la faillite déclenche la liquidation.
L'administration de la masse en faillite (généralement l'Office cantonal des faillites) prend le contrôle du patrimoine de l'entreprise. Ses tâches incluent :
- Établir l'inventaire des actifs de la société.
- Sécuriser les biens, les locaux et les données.
- Publier l'appel aux créanciers dans la Feuille officielle suisse du commerce (FOSC).
- Examiner les créances et établir l'état de collocation.
- Vendre les actifs et distribuer les fonds aux créanciers.
Ordre de priorité des paiements (Collocation)
La distribution des fonds issus de la vente des actifs suit l'ordre de la Loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite (LP). Les créanciers de rang inférieur reçoivent un paiement uniquement si ceux de rang supérieur sont intégralement payés.
Les créances garanties par un gage (comme une hypothèque) sont couvertes en premier par la vente de l'objet engagé. Les créances non garanties sont réparties en trois classes :
- Première classe : Salaires des employés pour les six mois précédant la faillite (les salaires des quatre derniers mois peuvent aussi être pris en charge par l'assurance-chômage suisse), créances de la caisse de pension (LPP) et pensions alimentaires.
- Deuxième classe : Assurances sociales (AVS, AI, APG, AC), primes d'assurance-maladie obligatoires et contributions à la caisse d'allocations familiales.
- Troisième classe : Autres dettes (fournisseurs, impôts, prêts non garantis). Ces créanciers subissent généralement des pertes totales ou partielles.
Responsabilité civile des dirigeants
La création d'une société anonyme (SA) ou d'une SARL limite la responsabilité financière à l'apport en capital. Cette protection disparaît si les dirigeants violent leurs obligations.
L'article 754 du Code des obligations définit la responsabilité des administrateurs, des directeurs et des réviseurs. Ils répondent sur leur patrimoine privé du dommage causé par un manquement intentionnel ou par négligence. Les cas typiques engagent leur responsabilité :
- Le retard dans l'avis au juge, qui aggrave l'état de surendettement de la société.
- La poursuite d'activités déficitaires sans plan de redressement.
- Le non-paiement des cotisations d'assurances sociales (AVS), pour lesquelles les administrateurs sont solidairement et personnellement responsables.
Idées reçues sur l'insolvabilité en Suisse
1. Le sursis concordataire mène à la faillite. Des entreprises utilisent cette procédure légale pour renégocier leurs dettes, restructurer leurs opérations et redevenir rentables sans jamais subir de liquidation.
2. Le dépôt de bilan est un crime. L'insolvabilité économique n'est pas une infraction. Le droit pénal intervient uniquement en cas de banqueroute frauduleuse, de diminution fictive de l'actif ou de gestion fautive (destruction de la comptabilité, dissimulation de biens).
3. Les dettes disparaissent automatiquement avec le temps. La clôture de la faillite d'une SA ou SARL entraîne sa radiation du registre du commerce, ce qui éteint les dettes de la personne morale. En revanche, si la responsabilité personnelle d'un dirigeant est engagée, la dette le poursuit pendant 20 ans.
Prochaines étapes
La fenêtre d'opportunité pour restructurer une entreprise en difficulté financière est étroite. Les administrateurs doivent agir rapidement pour sécuriser l'entreprise et protéger leur patrimoine privé.
Actions recommandées :
- Demandez à votre fiduciaire d'établir un bilan intermédiaire immédiatement.
- Évitez de privilégier un créancier par rapport à un autre pour prévenir tout risque d'acte révocable.
- Payez les cotisations sociales (AVS) en priorité absolue.
- Consultez des avocats spécialisés en restructuration et insolvabilité en Suisse pour évaluer la viabilité d'un sursis provisoire silencieux. Un conseiller juridique documente vos décisions et limite votre responsabilité personnelle.