Difficultés de trésorerie : éviter le dépôt de bilan en France

Mis à jour Jan 14, 2026

Restructuring & Insolvency en France : Guide des options avant le dépôt de bilan

Faire face à des difficultés de trésorerie ne signifie pas nécessairement la fin d'une entreprise. En France, le droit des entreprises en difficulté privilégie la prévention grâce à des outils confidentiels comme le mandat ad hoc ou la conciliation. Agir dès les premiers signes de tension permet de négocier des délais de paiement et d'éviter la cessation des paiements.

Quels sont les signaux d'alerte à ne pas ignorer pour un dirigeant ?

Les signaux d'alerte sont des indicateurs financiers ou opérationnels montrant que l'entreprise ne peut plus honorer ses engagements à court terme. En France, ces signaux déclenchent souvent une procédure d'alerte par le commissaire aux comptes ou l'expert-comptable. Identifier ces points critiques permet d'activer les leviers de restructuration avant qu'il ne soit trop tard.

Les principaux signaux d'alerte incluent :

  • Tensions de trésorerie chroniques : Difficultés récurrentes à payer les salaires ou les fournisseurs à échéance.
  • Dettes fiscales et sociales : Retards de paiement auprès de l'URSSAF ou de l'administration fiscale (souvent le premier signe de détresse).
  • Refus de financement : Suppression d'autorisations de découvert ou refus de nouveaux crédits par les partenaires bancaires.
  • Incidents de paiement : Rejets de chèques ou de prélèvements signalés à la Banque de France.

Checklist des points de vigilance

  1. Votre fonds de roulement est-il négatif depuis plus de trois mois ?
  2. Avez-vous sollicité des délais de paiement auprès de plus de trois fournisseurs majeurs ?
  3. Votre ratio d'endettement dépasse-t-il les standards de votre secteur d'activité ?

Questions de suivi : Comment interpréter un bilan comptable pour détecter l'insolvabilité ? Quel est le rôle du Commissaire aux comptes dans l'alerte ?

Quelles sont les procédures amiables pour éviter la faillite ?

La France dispose d'un arsenal législatif performant pour traiter les difficultés en amont via le mandat ad hoc et la conciliation. Ces procédures sont volontaires, confidentielles et menées sous l'égide du Président du Tribunal de Commerce. Elles visent à obtenir un accord avec les créanciers (banques, bailleurs, fournisseurs) pour rééchelonner les dettes ou obtenir des remises.

Le mandat ad hoc est une procédure très souple, sans limite de durée fixe, idéale lorsque l'entreprise n'est pas encore en cessation des paiements. La conciliation, quant à elle, est limitée à 4 mois (prolongeable d'un mois) et peut être utilisée même si l'entreprise est en cessation des paiements depuis moins de 45 jours.

Caractéristique Mandat ad hoc Conciliation
Condition Absence de cessation des paiements Cessation < 45 jours ou préventif
Confidentialité Totale et absolue Totale (sauf si accord constaté)
Objectif Négocier des délais / restructurer Conclure un accord formel
Durée Souple (souvent 6-12 mois) 4 mois + 1 mois maximum

Questions de suivi : Quel est le coût d'un mandataire ad hoc ? Peut-on forcer un créancier à participer à une conciliation ?

Quand le dépôt de bilan devient-il juridiquement obligatoire ?

Le dépôt de bilan, officiellement appelé déclaration de cessation des paiements (DCP), devient obligatoire dès que l'entreprise est en état de cessation des paiements. Cet état est défini comme l'impossibilité de faire face au passif exigible (dettes dues immédiatement) avec son actif disponible (trésorerie immédiate ou réserves de crédit).

Dès que ce constat est fait, le dirigeant dispose d'un délai légal de 45 jours pour déposer le bilan auprès du Greffe du Tribunal de Commerce, à moins qu'une procédure de conciliation n'ait été engagée entre-temps. Le non-respect de ce délai constitue une faute de gestion grave.

Comment calculer l'état de cessation des paiements ?

  • Actif disponible : Solde bancaire positif, caisse, effets de commerce à vue, réserves de crédit non utilisées.
  • Passif exigible : Toutes les dettes arrivées à échéance (factures fournisseurs impayées, salaires, charges sociales dues, découverts bancaires dénoncés).

Questions de suivi : Quelles sont les pièces nécessaires pour un dossier de déclaration de cessation des paiements ? Quelle différence entre redressement et liquidation judiciaire ?

Quels sont les risques pour le dirigeant en cas de dépôt de bilan tardif ?

Le non-respect du délai de 45 jours ou la poursuite abusive d'une exploitation déficitaire expose le dirigeant à des sanctions civiles et professionnelles sévères. La justice française cherche à punir la gestion imprudente qui aggrave le passif au détriment des créanciers.

Les conséquences peuvent être :

  1. L'action en comblement de passif : Le dirigeant peut être condamné à payer sur ses propres deniers tout ou partie des dettes de la société.
  2. La faillite personnelle : Une interdiction de gérer, de diriger ou de contrôler une entreprise commerciale pour une durée pouvant aller jusqu'à 15 ans.
  3. L'interdiction de gérer : Une mesure moins lourde que la faillite personnelle mais qui empêche toute activité de direction.

Il est important de noter que ces sanctions ne s'appliquent pas en cas de simple erreur de stratégie, mais bien en cas de fautes caractérisées, comme le détournement d'actifs ou la tenue d'une comptabilité fictive.

Questions de suivi : La protection du patrimoine personnel (Loi LME) s'applique-t-elle en cas de faute de gestion ? Comment prouver sa bonne foi devant le Tribunal de Commerce ?

Quel est le rôle de l'avocat et de l'expert-comptable dans le redressement ?

L'avocat spécialisé en Restructuring et l'expert-comptable forment un binôme indispensable pour construire une stratégie de sortie de crise. L'expert-comptable établit les prévisionnels de trésorerie et certifie l'état des dettes, tandis que l'avocat sécurise le cadre juridique des négociations et rédige les protocoles d'accord.

L'avocat joue un rôle crucial dans :

  • Le choix de la procédure : Déterminer s'il faut opter pour l'amiable ou le judiciaire (Sauvegarde, Redressement).
  • La négociation : Dialoguer avec les banques et les créanciers publics (CCOS) pour obtenir des abandons de créances ou des moratoires.
  • La protection du dirigeant : Prévenir les risques de mise en cause de la responsabilité personnelle.

Checklist de préparation au redressement

  • Mise à jour de la comptabilité (moins de 3 mois).
  • État précis des sûretés (gages, hypothèques, cautions).
  • Liste des contrats "essentiels" à maintenir.
  • Prévisionnel de trésorerie à 6 mois.

Questions de suivi : Combien coûte l'accompagnement d'un avocat en restructuration ? Quel est l'impact d'une procédure sur les contrats en cours ?

Idées reçues et mythes

  • "Dépôt de bilan = Fermeture immédiate" : C'est faux. Le redressement judiciaire est justement conçu pour permettre la poursuite de l'activité pendant que l'on cherche une solution de remboursement.
  • "Tout le monde saura que j'ai des problèmes" : Faux pour les procédures amiables (mandat ad hoc, conciliation) qui sont strictement confidentielles.
  • "Je peux utiliser l'argent de la TVA pour payer mes fournisseurs" : C'est une erreur dangereuse. Le non-paiement des taxes peut être considéré comme une faute de gestion grave et entraîne des pénalités lourdes.

FAQ

Quelle est la différence entre la sauvegarde et le redressement judiciaire ?

La procédure de sauvegarde est destinée aux entreprises qui ne sont pas encore en cessation des paiements mais qui rencontrent des difficultés insurmontables. Le redressement judiciaire s'adresse aux entreprises déjà en cessation des paiements. La sauvegarde est souvent mieux perçue par les partenaires car elle prouve l'anticipation du dirigeant.

Quel est le coût moyen d'une procédure de conciliation ?

Le coût dépend de la taille de l'entreprise et de la complexité de la dette. Il comprend les honoraires du conciliateur (fixés par le Président du Tribunal avec l'accord du dirigeant) et les honoraires de l'avocat. Pour une PME, cela peut varier de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Est-ce que mes biens personnels sont protégés ?

En principe, dans une SARL ou une SAS, la responsabilité est limitée aux apports. Cependant, en cas de faute de gestion (comme un dépôt de bilan très tardif) ou si vous vous êtes porté caution personnelle pour un emprunt bancaire, vos biens personnels peuvent être saisis.

Quand Consulter un Avocat

Il est impératif de consulter un avocat dès que :

  • Votre banque menace de dénoncer vos lignes de crédit.
  • Vous recevez une assignation en justice d'un fournisseur majeur.
  • Vous prévoyez de ne pas pouvoir payer les salaires à la fin du mois.
  • Vous souhaitez engager une procédure confidentielle (mandat ad hoc) pour renégocier votre dette.

Prochaines Étapes

  1. Évaluation immédiate : Demandez à votre expert-comptable un arrêté comptable flash pour vérifier si vous êtes en état de cessation des paiements.
  2. Diagnostic juridique : Prenez rendez-vous avec un avocat spécialisé pour évaluer si une procédure amiable est encore possible.
  3. Saisine du Tribunal : Le cas échéant, préparez la requête pour la désignation d'un mandataire ad hoc ou d'un conciliateur.
  4. Information officielle : Consultez le site service-public.fr pour comprendre les formulaires officiels de déclaration.

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