Contrôle Autorité de la concurrence en France : que faire ?

Mis à jour Jan 13, 2026

Contrôle de l'Autorité de la concurrence : comment réagir

En France, l'Autorité de la concurrence dispose de pouvoirs d'enquête étendus pour traquer les pratiques anticoncurrentielles. Une intervention, qu'elle soit sous forme de demande de renseignements ou de perquisition surprise, peut déstabiliser n'importe quelle entreprise et entraîner des sanctions financières atteignant 10 % du chiffre d'affaires mondial. Savoir réagir immédiatement et connaître ses droits est essentiel pour limiter les risques juridiques et réputationnels.

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Quels sont les signes annonciateurs d'une enquête et les pratiques visées ?

Une enquête de l'Autorité de la concurrence (ADLC) débute généralement par la réception d'une demande de renseignements (questionnaire détaillé) ou par une visite et saisie inopinée (dawn raid). Ces investigations visent principalement deux types de comportements : les ententes illicites (cartels) entre concurrents pour fixer les prix ou répartir les marchés, et l'abus de position dominante par une entreprise cherchant à évincer ses rivaux.

L'Autorité agit souvent suite à :

  • Une plainte d'un concurrent ou d'un client : Déposée directement auprès de l'ADLC.
  • Une demande de clémence : Un membre d'un cartel dénonce ses complices pour échapper à l'amende.
  • Un signalement de "lanceur d'alerte" : Via la plateforme sécurisée de l'Autorité.
  • Une enquête d'office : Basée sur des indices de marché (prix anormalement élevés, appels d'offres suspects).

Questions de suivi :

  • Comment savoir si mon entreprise est en position dominante ?
  • Quels secteurs sont actuellement sous surveillance accrue en France ?

Comment se déroule une "visite surprise" (dawn raid) et quels sont vos droits ?

Une visite et saisie (V&S) se déroule généralement tôt le matin, simultanément dans plusieurs locaux de l'entreprise. Les enquêteurs, autorisés par une ordonnance d'un Juge des libertés et de la détention (JLD), ont le pouvoir de fouiller les bureaux, de copier des données informatiques, de saisir des téléphones professionnels et d'interroger les salariés sur place.

Les étapes clés et réflexes à adopter :

  1. Vérifier l'ordonnance : Contrôlez l'identité des enquêteurs et l'objet de l'enquête défini par le juge.
  2. Appeler un avocat : Bien que les enquêteurs ne soient pas légalement tenus d'attendre son arrivée pour commencer, il est crucial de solliciter une attente de courtoisie.
  3. Désigner des accompagnateurs : Chaque enquêteur doit être suivi par un membre de l'entreprise pour noter tout ce qui est dit et copié.
  4. Ne rien détruire : La suppression d'un seul email ou le bris d'un scellé pendant l'enquête constitue une obstruction grave lourdement sanctionnée.

Questions de suivi :

  • Les enquêteurs peuvent-ils perquisitionner le domicile d'un dirigeant ?
  • Que se passe-t-il si je refuse l'accès aux serveurs informatiques ?

Quel est le rôle de l'avocat et comment protéger le secret professionnel ?

L'avocat joue un rôle de "garde-fou" durant le contrôle : il veille au respect du périmètre de l'ordonnance et s'assure que les enquêteurs ne saisissent pas de documents protégés par le secret professionnel. En France, le legal privilege ne couvre que les échanges entre l'entreprise et ses avocats externes inscrits au barreau.

La protection des documents :

  • Correspondance avocat-client : Tout document émanant d'un avocat externe ou préparé spécifiquement pour lui doit être écarté de la saisie.
  • Saisies contestées : En cas de désaccord sur la nature d'un document, l'avocat demande son placement sous scellé fermé en attendant l'arbitrage du juge.
  • Comptes-rendus d'entretiens : L'avocat assiste aux auditions spontanées pour éviter que les salariés ne fassent des déclarations préjudiciables ou sortant du cadre de l'enquête.

Questions de suivi :

  • Les avis juridiques rédigés par mon directeur juridique interne sont-ils protégés ?
  • Comment contester la régularité d'une perquisition après le départ des enquêteurs ?

Quels sont les risques de sanctions financières et l'impact sur la réputation ?

L'Autorité de la concurrence française est l'une des plus sévères en Europe. Les sanctions ne sont pas seulement financières ; elles incluent également une dimension de "name and shame" (publication de la décision) qui peut gravement nuire à l'image de marque et aux relations commerciales de l'entreprise.

Tableau des risques encourus :

Type de risque Portée et montant
Amende financière Jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial total.
Sanctions pénales Pour les personnes physiques (dirigeants) ayant pris une part personnelle et déterminante, jusqu'à 4 ans de prison et 75 000 € d'amende.
Publication Publication obligatoire de la sanction dans la presse et sur le site de l'ADLC.
Dommages-intérêts Actions de groupe ou individuelles des clients/victimes devant les tribunaux civils (Private Enforcement).

Questions de suivi :

  • Comment l'amende est-elle calculée précisément ?
  • Une PME peut-elle obtenir une réduction d'amende pour difficultés financières ?

Quelles sont les stratégies de défense et le programme de clémence ?

Face à une accusation, une entreprise dispose de plusieurs leviers pour réduire ou éviter la sanction. La stratégie la plus radicale est la clémence, qui consiste à être le premier à dénoncer une entente. D'autres voies transactionnelles permettent de clore le litige plus rapidement.

Les options stratégiques :

  • Le Programme de Clémence : Si vous apportez des preuves décisives d'une entente inconnue de l'ADLC, vous pouvez bénéficier d'une exonération totale (Clémence de rang 1). Les suivants peuvent obtenir des réductions partielles.
  • La Procédure de Transaction : L'entreprise ne conteste pas les griefs retenus contre elle en échange d'une réduction d'amende (généralement entre 10 et 25 %). Cela évite une procédure longue et incertaine.
  • La Contestation au fond : Si l'entreprise estime ne pas avoir commis d'infraction, elle peut contester les griefs devant l'ADLC, puis former un recours devant la Cour d'appel de Paris.

Questions de suivi :

  • Quel est le délai pour déposer une demande de clémence ?
  • Peut-on cumuler transaction et clémence ?

Idées reçues sur le droit de la concurrence

  • "Mon entreprise est trop petite pour intéresser l'Autorité" : Faux. L'ADLC sanctionne régulièrement des groupements locaux de PME ou des artisans pour des ententes géographiques restreintes.
  • "Si j'efface mes messages WhatsApp, ils ne trouveront rien" : Erreur majeure. Les enquêteurs disposent d'outils de récupération de données effacées. L'obstruction à l'enquête peut coûter jusqu'à 1 % du chiffre d'affaires, indépendamment de l'infraction de fond.
  • "Les ententes verbales ne comptent pas" : Faux. Un simple échange d'informations sensibles lors d'un déjeuner ou une "compréhension commune" suffit à caractériser une entente illicite en droit français.

Foire aux questions (FAQ)

Que faire si les enquêteurs arrivent et que le dirigeant est absent ?

L'absence du dirigeant n'arrête pas la procédure. Un représentant de l'entreprise (DRH, Secrétaire Général) doit prendre le relais, demander une copie de l'ordonnance et contacter immédiatement l'avocat de la société.

Les enquêteurs peuvent-ils emporter des ordinateurs ?

En règle générale, ils effectuent des copies numériques sur leurs propres supports. Toutefois, s'ils ne peuvent pas copier les données sur place, ils sont autorisés à saisir physiquement le matériel, qui sera restitué après traitement.

Combien de temps dure une procédure de concurrence en France ?

Une enquête complète, de la perquisition à la décision finale de l'Autorité, dure en moyenne entre 2 et 4 ans. Les recours devant la Cour d'appel de Paris peuvent ajouter 1 à 2 ans supplémentaires.

Une entreprise étrangère peut-elle être contrôlée en France ?

Oui, dès lors que ses pratiques ont un effet sur le marché français, l'Autorité de la concurrence est compétente, même si le siège social est situé hors de France.

Quand Consulter un Avocat

Il est impératif de consulter un avocat expert en droit de la concurrence (Antitrust) dans les situations suivantes :

  • Dès que vous recevez une demande de renseignements de l'ADLC ou de la DGCCRF.
  • Immédiatement lorsqu'un "dawn raid" débute dans vos locaux.
  • Si vous découvrez en interne l'existence d'une possible entente ou d'un comportement risqué.
  • Pour mettre en place un programme de conformité (compliance) afin de prévenir les risques.

Prochaines Étapes

  1. Audit de conformité : Identifiez les zones de risques (équipes commerciales, participations à des syndicats professionnels).
  2. Manuel de crise : Rédigez une procédure interne "Dawn Raid" expliquant à l'accueil et aux services IT comment réagir en cas de contrôle.
  3. Formation : Sensibilisez vos cadres et commerciaux aux échanges d'informations prohibés avec les concurrents.
  4. Conservation : Assurez-vous que vos contrats de distribution et de vente sont conformes aux règles de concurrence via le site officiel de l'Autorité.
  5. Veille : Suivez les évolutions législatives sur Légifrance concernant le Code de commerce (Livre IV).

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